Lights, Drag, Action !

Alexis Massoutier

« Faire de mes rêves une réalité. » Cette phrase résume parfaitement l'esprit de Lights, Drag, Action !, publié chez Akata. Mais derrière ce rêve de scène, Kam Hugh et Narumi Shigematsu racontent surtout le parcours d'un adolescent qui cherche enfin à vivre pour lui-même. Ici, le drag n'est pas un simple spectacle : il devient le point de départ d'une construction identitaire, où chaque choix oblige Aloïs à se demander qui il veut réellement être.

Quand le drag devient un espace où exister

Aloïs vit avec sa mère en banlieue parisienne. Depuis son enfance, il admire les princesses, les magical girls et s'est pris de passion pour l'univers drag. Il rêve de monter un jour sur scène. Pourtant, cette envie reste enfouie parce qu'il n'a pas révélé son homosexualité. Il préfère rester discret et éviter d'attirer l'attention. L'arrivée d'un nouvel élève, qui ne le laisse pas indifférent, vient bouleverser son quotidien. Mais un autre événement prend rapidement une place centrale, son collectif de drag queens préféré doit se produire dans sa ville.

Pour le jeune homme, cette venue représente bien plus qu'un simple spectacle. C'est la première fois que ce qu'il admire de loin lui semble réellement accessible. Le drag cesse alors d'être un rêve pour devenir une possibilité. Or franchir cette étape signifie aussi accepter de ne plus cacher ce qui le fait vibrer. Le livre construit ainsi son héros autour d'une interrogation, comment apprendre à être soi lorsque l'on a passé des années à dissimuler une partie de sa personnalité ? Kam Hugh ne présente jamais le drag comme un costume derrière lequel on se protège. Au contraire, plus Aloïs s'en approche, plus il abandonne les masques qu'il porte au quotidien. Le récit inverse ainsi les apparences et ce n'est pas maquillé qu'il joue un rôle, mais plus lorsqu'il tente de se fondre dans la norme.

Grandir, c'est accepter de ne plus vivre pour les autres

Au-delà de la romance, l'ouvrage aborde plusieurs thèmes liés au passage à l'âge adulte. Les premiers émois, la crainte du rejet et le besoin d'appartenir à un groupe accompagnent les hésitations d'Aloïs. L'album montre que les discriminations ne concernent pas uniquement les personnes LGBTQIA+. Sa meilleure amie le rappelle : « Être pris pour cible, simplement parce qu'on existe, je connais ». Elle aussi a été victime de harcèlement parce qu'elle était perçue comme différente.

En gardant sa passion secrète, Aloïs pense se protéger. Mais le bouquin souligne aussi qu'à force de vouloir éviter les blessures, on finit par s'empêcher de vivre : « Vivre, c'est aussi prendre des risques ». Sa meilleure amie lui rappelle d'ailleurs ce qu'il lui a lui-même confié : « Mais tu m'as dit que le drag permettait de partager au monde qui on est vraiment, non ? ». Ces phrases ne servent pas uniquement à encourager Aloïs. Elles résument tout l'enjeu du récit, faut-il continuer à se cacher pour éviter d'être jugé ou accepter de prendre le risque d'être enfin soi-même ? C'est cette tension qui fait avancer le personnage bien plus que son histoire d'amour. Impossible, d'ailleurs, de ne pas penser à Bichon de David Gilson. Sans être une suite, Lights, Drag, Action ! prolonge certaines réflexions liées à la singularité, au harcèlement et à la difficulté d'assumer ses passions mais tout en douceur. 

Un dessin qui accompagne les émotions

Au dessin, Narumi Shigematsu apporte avec son trait une attention aux regards, aux expressions et aux petits gestes du quotidien. Le découpage privilégie souvent les visages et les silences. Les scènes de drag n'écrasent jamais les moments plus ordinaires, elles leur répondent. Ce contraste permet de mesurer le chemin parcouru par Aloïs entre ce qu'il montre au monde et ce qu'il ressent. Les premières pages privilégient la proximité avec les protagonistes. Les scènes plus intimes comptent autant que les séquences consacrées au drag. Le trait reste souple et expressif, sans chercher l'effet spectaculaire. Il accompagne les émotions plutôt qu'il ne les surligne, ce qui renforce la crédibilité du parcours du héros. La rencontre entre l'expérience de Kam Hugh et la délicatesse de la mangaka japonaise donne naissance à une œuvre qui possède sa propre identité, entre influences françaises et culture manga.

Avec Lights, Drag, Action !, Kam Hugh et Narumi Shigematsu racontent l'évolution d'un garçon qui cherche sa voie et tente de transformer ses aspirations en réalité. Au-delà du drag, le livre interroge le moment où l'on cesse de vivre selon le regard des autres pour commencer à construire sa propre identité. Une histoire qui parle autant de liberté que du courage d'assumer ce qui nous définit réellement.

 

Lights, Drag, Action ! de Kam Hugh et Narumi Shigematsu Ed. Akata à 8.50 €

© Narumi Shigematsu, Kam Hugh / Éditions Akata

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