Disponible en France depuis février, la PrEP injectable offre une nouvelle option de prévention contre le VIH. Administrée tous les deux mois, elle permet de se protéger sans avoir à prendre de comprimés au quotidien. Une étape, avant bientôt une PrEP injectable tous les six mois. On fait le point.
La PrEP franchit une nouvelle étape. Depuis février, le traitement préventif contre le VIH est disponible en France sous forme injectable. Une évolution majeure qui élargit les options de prévention et pourrait permettre à de nouveaux publics d’accéder à cet outil particulièrement efficace.
Concrètement, il s’agit d’une injection intramusculaire réalisée dans la fesse ou dans le haut de la cuisse. Une fois administrée, elle assure une protection contre le VIH pendant deux mois. À l’issue de cette période, une nouvelle injection est nécessaire.
Ce nouveau mode d’administration réduit l’intervalle entre deux rendez-vous de suivi par rapport à la PrEP orale, dont le renouvellement intervient généralement tous les trois mois. En contrepartie, il dispense de la prise quotidienne d’un comprimé ou de la prise « à la demande » autour des rapports sexuels.
Pour Ben, qui utilisait déjà la PrEP orale, ce changement représente un véritable confort. Celle-ci lui avait déjà apporté « beaucoup de légèreté » en offrant davantage de fluidité dans sa vie sexuelle. Depuis son passage à la PrEP injectable, il se dit pleinement satisfait.
« La piqûre est vraiment indolore », affirme-t-il. Quant au rythme des injections, il ne lui pose aucune difficulté. « Vu qu’on n’a pas besoin de prendre de comprimé tous les jours, on fait notre vie et au bout d’un moment, on a le rappel du téléphone qui dit : « Ah tiens, il faut aller faire tes tests.» Et c’est là que je me rends compte que ça fait déjà deux mois. "
Une expérience qu’il recommande volontiers : « à mon sens, c’est quelque chose que tout le monde devrait faire si on a peur d’oublier sa PrEP. J’ai beaucoup d’amis qui me demandent lorsqu’on est en soirée : « est-ce que j’ai pris ma PrEP ou non ?» Avec l’injection, tu oublies ça totalement. »
Un outil supplémentaire dans l’arsenal de prévention
L’objectif de la PrEP injectable n’est pas de remplacer la PrEP par comprimés, mais d’offrir une option supplémentaire adaptée à des besoins différents.
Pour Solenn Bazin, chargée de mission plaidoyer à l’association AIDES, son intérêt est double : « il y a un intérêt individuel pour les personnes, pour que les personnes puissent choisir un moyen de prévention qui marche le mieux avec leurs besoins. Et puis il y a aussi un intérêt collectif puisque, avec cette nouvelle forme de PrEP, on espère qu’il y aura davantage de personnes qui vont bénéficier de la PrEP et notamment les publics qui aujourd’hui ont des difficultés dans la prise d’un traitement au quotidien. »
Les deux formes de PrEP reposent en effet sur des molécules différentes. La PrEP orale associe l’emtricitabine et le ténofovir disoproxil, tandis que la PrEP injectable à action prolongée est basée sur le cabotégravir.
Cette différence présente un avantage important pour certaines personnes. Comme le souligne Solenn Bazin, la PrEP injectable « est la première PrEP recommandée pour les personnes avec des problèmes rénaux, en insuffisance rénale, qui n’étaient pas éligibles à la PrEP orale ».
Des réticences liées au coût
Selon AIDES, l’un des principaux freins au développement de la PrEP injectable peut également venir de certains professionnels de santé.
« On constate qu’il y a une vraie frilosité de certains professionnels de santé à prescrire la PrEP au motif du prix, parce que ce serait trop cher », explique Solenn Bazin.
Une idée reçue qu’elle juge nécessaire de déconstruire : « aujourd’hui, le prix public du médicament est d’environ 1 300 €. En réalité, ce n’est pas du tout le prix qui est assumé par la Sécurité sociale. Et ça, ça vaut pour l’ensemble des médicaments, et celui-ci n’y échappe pas. Les industriels, quand ils négocient un prix avec les pouvoirs publics, ils négocient un prix public. »
Vers des injections tous les six mois
La PrEP injectable tous les deux mois n’est qu’une première étape. Une autre forme de PrEP injectable, administrée tous les six mois et reposant sur une molécule différente, le lénacapavir, devrait arriver prochainement. Déjà utilisée comme traitement des personnes infectées par le VIH en échappement thérapeutique, elle a été autorisée pour une utilisation de PrEP injectable aux Etats-Unis et dans l’Union Européenne en 2025.
Olivier qui peut bénéficier de la PrEP injectable à six mois dans le cadre d’une étude menée en France se montre enthousiaste.
« Jusqu’ici je me protégeais avec des préservatifs. Je m’étais posé la question de la PrEP mais, me connaissant, je me disais : tu vas l’oublier, ça va être galère. Et puis j’ai pu rencontrer un médecin dans une action de prévention qui m’a parlé de cette étude et, au vu de mon profil, il semblait intéressant que j’y participe. »
Contrairement à la PrEP injectable tous les deux mois, administrée par voie intramusculaire, cette nouvelle version repose sur une injection sous-cutanée.
« Ça picote, ça brûle un petit peu sur le moment. Et tu le sens pendant quelques jours. C’est comme quand on fait un vaccin. Rien de bien méchant. Un peu de glace permet d’atténuer la douleur.»
Olivier indique que la PrEP a modifié son rapport à la sexualité : « j’ai remarqué que depuis que je suis sous PrEP, forcément j’ai plus de possibilités, plus d’opportunités, moins de refus liés au fait que j’utilisais des préservatifs. Et je me pose un peu moins de questions, sachant que je suis d’une génération où le sexe sans préservatif n’existait pas, puisque j’ai été matraqué à : «Il faut mettre des capotes.» »
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En pratique : comment accéder à la PrEP injectable ?
Si vous souhaitez bénéficier de la PrEP injectable, vous pouvez en parler à votre médecin traitant, à un médecin hospitalier ou à un professionnel exerçant dans un centre de santé sexuelle.
Comme pour la PrEP orale, un bilan préalable est indispensable. Il comprend notamment un dépistage du VIH et des autres infections sexuellement transmissibles (IST), ainsi qu’un test de charge virale destiné à vérifier l’absence de séroconversion récente. Ce dernier examen permet de détecter une contamination plus récente qu’un test de dépistage classique.
Cette précaution est d’autant plus importante que le cabotégravir n’est pas seulement utilisé en prévention. Cette molécule entre également dans la composition de traitements destinés aux personnes vivant avec le VIH. Une infection non diagnostiquée au moment de l’initiation de la PrEP pourrait favoriser l’apparition de résistances et compromettre l’efficacité de certains traitements ultérieurs.
Ce test complémentaire n’est pas toujours intégralement remboursé par l’Assurance maladie. Selon la couverture de la complémentaire santé, une partie des frais peut donc rester à votre charge.
Une fois les examens réalisés, le médicament est délivré en pharmacie. L’injection peut ensuite être effectuée par un médecin, un infirmier ou une infirmière.
Le schéma thérapeutique débute par une première injection, suivie d’une seconde un mois plus tard. Les injections sont ensuite réalisées tous les deux mois.
Le respect de ce calendrier est indispensable pour maintenir une protection optimale contre le VIH. Une marge de tolérance de quatorze jours est toutefois prévue : l’injection peut être réalisée jusqu’à sept jours avant ou sept jours après la date prévue.
Comme avec tout traitement, des effets indésirables peuvent survenir. Afin de vérifier la bonne tolérance du médicament, il est possible d’effectuer un essai préalable sous forme de comprimés pendant un mois avant de débuter la PrEP injectable.

